vendredi 7 septembre 2012

La sécurité en apnée



Au-delà des images de paix et de sérénité, de relaxation et de plaisir qui sont primordiales dans la pratique de l’apnée, pour profiter totalement du bonheur d’être dans l’eau il faut garder à l’esprit que nous évoluons dans un univers qui n’est pas le nôtre. S’abstenir de respirer pour évoluer sous la surface ne peut se faire qu’au prix d’un respect strict des règles liées à la sécurité.
La sécurité en apnée est la préoccupation numéro 1. Une fois tous les éléments vérifiés pour s’assurer que tout est réuni pour que la plongée en apnée se passe bien, l’apnéiste peut alors se préparer, se concentrer sur sa descente, sur son objectif, l’esprit tranquille.

En quoi consistent les mesures de sécurité en apnée ?
La règle numéro 1 valable pour tout type d'apnée (et même pour tout type de plongée: bouteille, chasse sous-marine...) est de ne jamais plonger seul !


Parlons d’abord de la discipline de profondeur, le poids constant. Elle se déroule en mer, et c’est elle qui requiert le plus de précautions et pour laquelle la logistique est la plus lourde.
Contrairement à l’idée reçue que j’entends souvent, non, il n’y a personne qui vous attend « en bas ». Pas de plongeurs en bouteille au fond. Ça a été le cas dans le passé, mais ce n’est désormais plus du tout appliqué. En effet, les profondeurs atteintes, depuis 10 ans environ, sont trop importantes pour la plongée en bouteille. Ce serait beaucoup trop dangereux pour eux de plonger aux mêmes profondeurs que les apnéistes. Il leur faudrait respirer des mélanges spécifiques (et non plus de l’air comprimé) pour rester suffisamment longtemps et suffisamment profond et ils seraient soumis à faire des paliers de décompression interminables.
Donc, pas de plongeurs en bouteille qui vous regardent descendre et sont prêts à intervenir au cas ou… ou quoi d’ailleurs ? Une fois « en bas », parvenu à la profondeur qu’il avait annoncé, l’apnéiste se trouve à mi-chemin du parcours total qu’il est sensé réaliser. A 50% du temps de l’apnée, il est inconcevable qu’à la moitié de son effort, il puisse déjà avoir atteint un état de fatigue tel qu’il serait incapable de remonter. Il faut donc concentrer la sécurité sur la fin de l’apnée, la dernière phase de la remontée (de -20m à la surface surtout).

Mais alors comment savez-vous qu’il est temps de s’arrêter pour être sûr d’atteindre la surface ? Ma réponse à cette question fréquente est : à force d’entraînements et de répétitions. La progression en mer est très lente. On ne commence pas du jour au lendemain l’apnée en plongeant à 40 ou 50 mètres de fond. Au début, on découvre l’activité et on atteint un petit 20 mètres, plein de satisfaction et d’envie d’aller plus loin. Puis on ajoute 2 ou 3 mètres. La progression peut être relativement rapide, mais se fera toujours par petits pas. Ensuite, on ralentit. Peut-être répètera-t-on plusieurs fois des descentes à la même profondeur, pour être sûr de la maîtriser et d’être « accoutumé » à la pression subie.
Donc, le jour où l’on « tente » une profondeur inconnue, elle est forcément proche d’une déjà atteinte. On sait alors que la remontée fait partie de ce que l’on sait faire.

La connaissance de soi, de ses capacités (ne parlons pas de limites… le but est de toujours les repousser !) est le premier élément de sa propre sécurité !
Ensuite, vient tout un tas d’autres éléments qui permettent de maîtriser les risques.
Mais de quels risques parle-t-on ?
Surtout d’un, celui de la syncope. De quoi s’agit-il ?
La syncope est une perte de connaissance qui peut survenir lorsque l’organisme est en hypoxie, c’est-à-dire, en manque d’oxygène. Il se « protège » alors en arrêtant toute activité secondaire (effort musculaire, etc.).
En toute fin d’apnée, lorsqu’il est proche des performances maximales déjà atteintes, l’apnéiste rentre dans une phase difficile où le manque d’oxygène et l’envie de respirer peuvent devenir trop grands et entraîner une perte de connaissance. Le risque tient au fait que cette syncope survient sous l’eau. La reprise ventilatoire qui suit ne doit pas se produire sous l’eau, sinon, c’est la noyade ! La noyade, comme conséquence de la syncope, est le risque principal contre lequel il faut se prémunir. La prévention de ce risque est assurée par des « apnéistes de sécurité » (1 ou 2 pour chaque descente) qui rejoignent l’apnéiste sur la fin de sa remontée. Ils finissent ensemble les 20 derniers mètres qui le séparent encore de la surface, afin de pouvoir intervenir en cas de faiblesse ou de perte de connaissance. Maintenir la personne la tête hors de l’eau et lui enlever son masque suffit généralement à provoquer la reprise ventilatoire. Les moyens de secours présents à bord du bateau (oxygène médical, VHF pour prévenir les secours, plan d’évacuation, etc.) sont là en complément, mais servent heureusement extrêmement rarement.

Pour les épreuves en piscine, le risque de syncope est le même, mais il est un peu plus facile à gérer car le bord du bassin n’est jamais loin, et l’eau peu profonde. Les apnéistes de sécurité sont, en permanence, proches de l’athlète et prêts à intervenir au moindre signe pré-syncopal.

En mer, d’autres éléments contribuent à la sécurité de l’apnéiste. Tout d’abord, le câble de performance. La corde que l’on suit, qui sert de repère visuel et limite la plongée à la profondeur prédéfinie à l’avance par l’apnéiste, est un moyen de contrôler que la personne ne va pas se « perdre », être entraînée par le courant parfois puissant. A chaque descente nous sommes reliés à cette corde par une « longe » (similaire à un leash de surf), une petite corde assez rigide de 1 m de long seulement. Elle relie notre poignet, ou cheville, à la corde par un mousqueton qui coulisse le long du câble tout du long de la plongée. Interdiction formelle de l’enlever sous peine de sanction par le juge. Cette longe fait partie de l’équipement personnel que nous avons. Elle est testée par les juges avant le début de la compétition pour en vérifier la solidité. Autre élément de sécurité, depuis quelques années maintenant, qui a été rajouté sur les bateaux où nous nous entraînons : un sondeur qui permet de suivre la progression de l’apnéiste à chaque instant. Il repère les formes présentes sous l’eau et indique leur profondeur. On voit donc apparaître une courbe en V sur l’écran : descente/remontée. C’est un atout important pour être sûr d’intervenir rapidement et à bon escient.

L’ultime moyen mis en œuvre pour la sécurité des plongées très profondes (en général pour celles à plus de 90m), est le contrepoids. Il s’agit de relier le câble de performance à un système de poulies et de lest. En lâchant le frein qui retient le lest, cela permet de faire remonter très rapidement l’ensemble du câble et l’apnéiste qui y est relié par sa longe. Ce système est mis en place pour tous les championnats du monde et pour les compétitions en mer, mais son utilisation n’est, bien sûr, pas commune !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire