Au-delà des images de paix et de
sérénité, de relaxation et de plaisir qui sont primordiales dans la pratique de
l’apnée, pour profiter totalement du bonheur d’être dans l’eau il faut garder à
l’esprit que nous évoluons dans un univers qui n’est pas le nôtre. S’abstenir
de respirer pour évoluer sous la surface ne peut se faire qu’au prix d’un
respect strict des règles liées à la sécurité.
La sécurité en apnée est la
préoccupation numéro 1. Une fois tous les éléments vérifiés pour s’assurer que
tout est réuni pour que la plongée en apnée se passe bien, l’apnéiste peut
alors se préparer, se concentrer sur sa descente, sur son objectif, l’esprit
tranquille.
En quoi consistent les mesures de
sécurité en apnée ?
La règle numéro 1 valable pour tout type d'apnée (et même pour tout type de plongée: bouteille, chasse sous-marine...) est de ne jamais plonger seul !
Parlons d’abord de la discipline
de profondeur, le poids constant. Elle se déroule en mer, et c’est elle qui
requiert le plus de précautions et pour laquelle la logistique est la plus
lourde.
Contrairement à l’idée reçue que
j’entends souvent, non, il n’y a personne qui vous attend « en bas ».
Pas de plongeurs en bouteille au fond. Ça a été le cas dans le passé, mais ce
n’est désormais plus du tout appliqué. En effet, les profondeurs atteintes,
depuis 10 ans environ, sont trop importantes pour la plongée en bouteille. Ce
serait beaucoup trop dangereux pour eux de plonger aux mêmes profondeurs que
les apnéistes. Il leur faudrait respirer des mélanges spécifiques (et non plus
de l’air comprimé) pour rester suffisamment longtemps et suffisamment profond
et ils seraient soumis à faire des paliers de décompression interminables.
Donc, pas de plongeurs en
bouteille qui vous regardent descendre et sont prêts à intervenir au cas ou… ou
quoi d’ailleurs ? Une fois « en bas », parvenu à la profondeur
qu’il avait annoncé, l’apnéiste se trouve à mi-chemin du parcours total qu’il
est sensé réaliser. A 50% du temps de l’apnée, il est inconcevable qu’à la
moitié de son effort, il puisse déjà avoir atteint un état de fatigue tel qu’il
serait incapable de remonter. Il faut donc concentrer la sécurité sur la fin de
l’apnée, la dernière phase de la remontée (de -20m à la surface surtout).
Mais alors comment savez-vous
qu’il est temps de s’arrêter pour être sûr d’atteindre la surface ? Ma
réponse à cette question fréquente est : à force d’entraînements et
de répétitions. La progression en mer est très lente. On ne commence pas du
jour au lendemain l’apnée en plongeant à 40 ou 50 mètres de fond. Au
début, on découvre l’activité et on atteint un petit 20 mètres, plein de
satisfaction et d’envie d’aller plus loin. Puis on ajoute 2 ou 3 mètres. La progression
peut être relativement rapide, mais se fera toujours par petits pas. Ensuite, on
ralentit. Peut-être répètera-t-on plusieurs fois des descentes à la même
profondeur, pour être sûr de la maîtriser et d’être « accoutumé » à
la pression subie.
Donc, le jour où l’on
« tente » une profondeur inconnue, elle est forcément proche d’une
déjà atteinte. On sait alors que la remontée fait partie de ce que l’on sait
faire.
La connaissance de soi, de ses
capacités (ne parlons pas de limites… le but est de toujours les
repousser !) est le premier élément de sa propre sécurité !
Ensuite, vient tout un tas
d’autres éléments qui permettent de maîtriser les risques.
Mais de quels risques
parle-t-on ?
Surtout d’un, celui de la
syncope. De quoi s’agit-il ?
La syncope est une perte de
connaissance qui peut survenir lorsque l’organisme est en hypoxie,
c’est-à-dire, en manque d’oxygène. Il se « protège » alors en
arrêtant toute activité secondaire (effort musculaire, etc.).
En toute fin d’apnée, lorsqu’il
est proche des performances maximales déjà atteintes, l’apnéiste rentre dans
une phase difficile où le manque d’oxygène et l’envie de respirer peuvent
devenir trop grands et entraîner une perte de connaissance. Le risque tient au
fait que cette syncope survient sous l’eau. La reprise ventilatoire qui suit ne
doit pas se produire sous l’eau, sinon, c’est la noyade ! La noyade, comme
conséquence de la syncope, est le risque principal contre lequel il faut se
prémunir. La prévention de ce risque est assurée par des « apnéistes de
sécurité » (1 ou 2 pour chaque descente) qui rejoignent l’apnéiste sur la
fin de sa remontée. Ils finissent ensemble les 20 derniers mètres qui le
séparent encore de la surface, afin de pouvoir intervenir en cas de faiblesse
ou de perte de connaissance. Maintenir la personne la tête hors de l’eau et lui
enlever son masque suffit généralement à provoquer la reprise ventilatoire. Les
moyens de secours présents à bord du bateau (oxygène médical, VHF pour prévenir
les secours, plan d’évacuation, etc.) sont là en complément, mais servent
heureusement extrêmement rarement.
Pour les épreuves en piscine, le
risque de syncope est le même, mais il est un peu plus facile à gérer car le
bord du bassin n’est jamais loin, et l’eau peu profonde. Les apnéistes de
sécurité sont, en permanence, proches de l’athlète et prêts à intervenir au
moindre signe pré-syncopal.
En mer, d’autres éléments
contribuent à la sécurité de l’apnéiste. Tout d’abord, le câble de performance.
La corde que l’on suit, qui sert de repère visuel et limite la plongée à la
profondeur prédéfinie à l’avance par l’apnéiste, est un moyen de contrôler que
la personne ne va pas se « perdre », être entraînée par le courant
parfois puissant. A chaque descente nous sommes reliés à cette corde par une
« longe » (similaire à un leash de surf), une petite corde assez
rigide de 1 m
de long seulement. Elle relie notre poignet, ou cheville, à la corde par un
mousqueton qui coulisse le long du câble tout du long de la plongée.
Interdiction formelle de l’enlever sous peine de sanction par le juge. Cette
longe fait partie de l’équipement personnel que nous avons. Elle est testée par
les juges avant le début de la compétition pour en vérifier la solidité. Autre
élément de sécurité, depuis quelques années maintenant, qui a été rajouté sur les
bateaux où nous nous entraînons : un sondeur qui permet de suivre la progression
de l’apnéiste à chaque instant. Il repère les formes présentes sous l’eau et
indique leur profondeur. On voit donc apparaître une courbe en V sur
l’écran : descente/remontée. C’est un atout important pour être sûr
d’intervenir rapidement et à bon escient.
L’ultime moyen mis en œuvre pour la
sécurité des plongées très profondes (en général pour celles à plus de 90m),
est le contrepoids. Il s’agit de relier le câble de performance à un système de
poulies et de lest. En lâchant le frein qui retient le lest, cela permet de
faire remonter très rapidement l’ensemble du câble et l’apnéiste qui y est
relié par sa longe. Ce système est mis en place pour tous les championnats du
monde et pour les compétitions en mer, mais son utilisation n’est, bien sûr,
pas commune !